J’accuse Vincent Maitre d’être complice d’activités criminelles. Dans son coming-out officiel « J’ai explosé en plein vol », il ne dit pas tout ! Son copilote, Grégoire Mangeat, a repris depuis lors le manche à balai.

Vincent Maitre, la politique et le Grand Bleu

Portrait

A 37 ans, Vincent Maitre s’apprête à reprendre la présidence du PDC genevois. Héritier d’une dynastie de politiciens, il est aussi un avocat loin des codes traditionnels de la profession. Un homme de contrastes qui ne craint pas de parler de ses fragilités

Dans son étude, l’avocat Vincent Maitre, futur président du PDC genevois, le 17 septembre 2018. — © David Wagnières pour Le Temps

Laure Lugon

Laure Lugon
Publié dimanche 23 septembre 2018 à 20:13
Modifié dimanche 23 septembre 2018 à 20:42

Quand on pousse la lourde porte d’une étude d’avocats genevois, sise quai Gustave-Ador avec vue sur le Jet d’eau, on se figure un air d’austère noblesse, des salons capitonnés, des subjonctifs plus-que-parfait et un homme de loi en costume trois-pièces. Chez Janin Waeber Maitre, sis Gustave-Ador avec vue, etc., Vincent Maitre reçoit en t-shirt et baskets. Sa tenue de combat habituelle, les jours sans audiences.

Serait-ce là une fantaisie singulière, ou le signe d’un changement véritable de style de travail? Seconde option, répond l’avocat de 37 ans et nouveau président du PDC genevois dès le 4 octobre prochain: «Mes associés et moi-même avons envie de travailler différemment, loin des études très codifiées et traditionnelles, où l’on se tue à la tâche 80 heures par semaine et où l’on perd la proximité avec les clients. Nous préférons gagner moins mais compenser en qualité de vie.» Son regard se perd sur le lac, lui pour qui les flots sont une raison de vivre, tout comme les sommets. Vincent Maitre pratique avec passion le ski de randonnée, ainsi que le windsurf et le surf sur les océans du globe.

«J’ai explosé en plein vol»

Il faut dire que le Grand Bleu l’a tiré, en 2013, des affres du burn-out et de la dépression. Il travaillait alors dans une étude renommée, «le genre d’étude où l’on rencontrait des stars de foot du Real le matin et des capitaines de l’industrie l’après-midi. J’étais surmené, je n’avais peut-être pas les épaules suffisamment larges pour tout supporter, car j’étais aussi chef de groupe au parlement. En 2012, à la veille du vote sur le budget, j’ai explosé en plein vol.» Il quitte l’étude sur le coup de 23 heures, avec une plaidoirie ainsi que des interventions pour le Grand Conseil à préparer pendant la nuit. Crise d’angoisse, palpitations. Son réveil sonne à cinq heures, il ne l’entend pas. Il émergera plusieurs heures plus tard, «comme prisonnier à l’intérieur de mon corps». Son médecin lui prescrit l’arrêt total.

Mais on ne passe pas aisément de la course trépidante au silence désœuvré. Au bout d’un mois, l’avocat reprend du service et rechute. C’est de l’autre côté de la Terre qu’il va se relever, en Australie où il passera six mois, voile au vent, écume aux chevilles.

Un père et toute une dynastie

Il est bien là désormais, «même si j’ai constamment peur que cela se reproduise. J’essaie de me ménager». Une attitude qu’il a dû apprendre, loin du modèle transmis par son père, feu Jean-Philippe Maitre, ancien conseiller national et conseiller d’Etat. Un père qui aura laissé en héritage un métier, un engagement politique, un parti, des valeurs. Un père et toute une dynastie, puisque sa mère, sa grand-mère et son grand-père étaient aussi des politiques. «Il y avait un côté sacrificiel chez mon père pour qui seul le travail acharné méritait récompense. Il avait une vie de bénédictin, minutée seize heures par jour, six jours par semaine. Alors que moi, je veux pouvoir vivre mes passions en dehors de mon boulot.»

Vincent Maitre, ou le goût des contrastes. Tel un funambule, cherchant l’équilibre entre la poursuite d’une tradition dans la discipline et le goût pour l’aventure; entre le jeu politique et la recherche d’authenticité: «Je ne m’explique pas moi-même ces contradictions, elles sont sans doute le vestige de mon éducation. J’aspire à la liberté et à la découverte, mais je mène deux carrières qui m’astreignent à de nombreuses obligations.»

Celle de président du PDC genevois, après le bouillonnant Bertrand Buchs, s’annonce exigeante, surtout quand on se revendique de «l’extrême centre», concept plutôt abscons. Vincent Maitre a déjà exprimé sa volonté de dynamiser le parti. Un thème qui lui tient à cœur? «La réduction des inégalités, qu’il ne faut pas laisser à la gauche, dont le simplisme consiste uniquement à rendre les riches moins riches.» Il compte aussi rajeunir le PDC. Il dispose déjà d’un atout cœur en la personne du conseiller administratif et conseiller national Guillaume Barazzone, même génération, même progressisme affiché, même belle gueule, le premier solaire et madré, le second plus ombrageux. «Ce qui nous distingue, c’est le talent politique hors pair dont Guillaume est d’évidence doué.»

Je ne serai jamais un vieux briscard accroché à son siège

Vincent Maitre, lui, quittera un jour la politique, ses turbulences, ses moments de grâce, ses petites trahisons et ses grandes misères: «Je ne serai jamais un vieux briscard accroché à son siège. En politique, à la foi succède la déception, à la déception la lassitude, à la lassitude l’usure. Je ne m’éterniserai donc pas.» L’engagement sans les illusions, déjà. S’il est un autre jeune as de la politique qui les aura perdues, à supposer qu’il les ait jamais eues, c’est le conseiller d’Etat en disgrâce Pierre Maudet: «J’ai de l’empathie pour lui, car je trouve ces attaques totalement disproportionnées, estime Vincent Maitre. Sa faute n’est objectivement pas dramatique et les circonstances, excusables. Ce qui est sûr, c’est que Genève aurait beaucoup à perdre sans lui.» Et l’avocat de dénoncer dans le même élan les journalistes «qui se muent en petits procureurs, à coups de soupçons et d’éditoriaux creux», et les députés vindicatifs, drapés dans leur virginité et oublieux des petits avantages qu’ils reçoivent sans vergogne.

On dirait bien le jeune porte-drapeau du PDC vacciné contre l’ivresse et les faux-semblants du pouvoir, instruit par l’histoire familiale. A son bras, des bouts de ficelles en guise de bracelets, rapportés des quatre coins du monde. Décolorés et éphémères.

Profil

1981 Naissance à Genève, troisième et dernier de sa fratrie.

2006 Tragique décès de son père, Jean-Philippe Maitre, ancien conseiller national et conseiller d’Etat.

2007 Elu au Conseil municipal de la ville de Genève.

2009 Elu au Grand Conseil.

2014 Devient associé dans l’Etude d’avocats Janin Waeber Maitre.

2018 Deviendra président du PDC genevois le 4 octobre.

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